Samedi 13 décembre 2008
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Sur le glaçage chocolat, un petit train avec ses wagons. Les bougies allument le regard du gamin qui les souffle, les cinq s'éteignent en fumant.
Souffle bougie, c'est un souvenir qui me revient. Un souvenir...
Le gamin a grandi. Le gamin c'était mon frère. Le petit bout de la famille.
Petit frère a pris des coups.
Petit frère a pris des centimètres.
Il s'est mis à rendre les coups.
Il s'est mis à les donner.
Je le regarde, et j'ai du mal à retrouver le gamin, les yeux plein d'étoile, j'ai du mal, ça me fait mal...
Je l'ai vu grandir, impuissante, je l'ai vu partir en vrille, j'ai pleuré dans ses bras. J'ai vu des larmes border ses yeux...
Il est adorable, mon frangin.
Je parlais d'extrèmes.
Il est sa propre extrème.
Il est son propre miroir.
Quand il fracasse le verre de son poing...
Il est sa propre victime.
Il est sa propre cage.
Quand il regarde un autre gamin se vider sur le trottoir.
Je ne peux pas haïr. Je ne peux pas comprendre.
Il a cinq ans.
Et il souffle ses bougies.
Il a sept ans.
Et il me fait cadeau du tigre en terre, rose et jaune, qui me regarde avec un grand sourir pendant que j'écris ces lignes.
Il a neuf ans.
Et il fait sauter le courant de l'école lors d'un combat de bombes à eau qui se termine dans la salle des photocopieuses.
Il a onze ans.
Il est amoureux de la plus jolie asiatique de sa classe.
Il a treize ans.
Et je fais le ménage entre lui et les grands cousins du binoclard molesté.
Il a quinze ans.
Il se fait la malle en sautant la fenêtre, finit aux urgences, et c'est là...
Là, pour la première fois, que je vois qu'il a grandi. Ce n'est pas seulement qu'il me dépasse en taille.
Il n'est plus un gamin.
Il passe la nuit avec ma soeur et moi.
Les mots restent sur le pallier.
Il part en famille d'accueuil, jusqu'à ses 17 ans.
Il habite quelques semaines chez ma soeur.
Quelques mois chez moi.
Une grande tige serviable, défoncée, il se tient à carreau.
Son premier appart, il renoue avec ses potes. Il oublie un peu les meilleurs. Ceux qui l'ont récupéré un soir d'hiver sous les fenêtre d'un appartement silencieux.
Il a 18 ans.
La vie s'ouvre à lui.
Le miroir...
C'était un soir d'hiver.
Une soirée qui se termine au petit matin, refoulés d'un dernier bar avec ses potes, ils cogitent sur le trottoir.
Le miroir.
Deux mois de préventive.
Les coups donnés ont écrasé la victime au sol.
Il avait cinq ans.
Et je dois trouver le moyen de lui rendre le regard qui brillait devant les bougies d'un gâteau d'anniversaire.
Mais pour le moment, je suis là. Je le regarde. Je me rappelle. Je cherche la force de retourner le voir. Encore. Passer la grande porte, le contrôle d'identité, le sas qui se referment sur les
talons. L'attente dans la cage de verre. Le silence...
Et les larmes, après, quand tous les mots qui n'ont pas été dit filent dans la campagne morte...
Il avait cinq ans. Et je ne me permets pas de comprendre...
Il m'a traité !!!